Repos cognitif et Pratyahara : réapprendre à laisser notre attention se reposer pour de vrai
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Dernière mise à jour : il y a 8 heures
Nous vivons dans une époque où notre corps peut être immobile sans que notre esprit ne le soit jamais vraiment : nous travaillons devant plusieurs écrans, répondons à des messages tout en mangeant, consultons notre téléphone dans les transports, écoutons un podcast en marchant, passons d’une information à une autre dès qu’un instant de vide apparaît, et même lorsque nous nous accordons enfin un moment de repos, notre attention continue souvent d’être sollicitée par des images, des sons, des pensées, des notifications ou l’anticipation de ce que nous devrons faire ensuite. Dans ce contexte, le problème n’est peut-être pas seulement que nous manquons de temps pour nous reposer, mais que nous avons progressivement perdu l’habitude de laisser notre attention ne rien suivre.

Sommes-nous réellement capables de nous reposer ?
Lorsque nous parlons de fatigue, nous pensons spontanément à la fatigue physique, au manque de sommeil ou à l’épuisement qui apparaît après une journée particulièrement intense, mais il existe une autre forme de fatigue, plus difficile à identifier, qui peut émerger lorsque notre attention est continuellement mobilisée, fragmentée et réorientée par une succession de sollicitations.
Notre environnement nous demande rarement d’être pleinement présents à une seule chose.
Il nous demande plutôt d’être disponibles pour plusieurs choses à la fois, de répondre rapidement, de surveiller, d’anticiper, de mémoriser, de comparer, de décider et de passer rapidement d’une tâche à l’autre.
Même lorsque nous ne sommes pas en train de travailler, nous continuons souvent à consommer de l’information, comme si le silence, l’ennui ou l’absence de stimulation étaient devenus des espaces qu’il fallait immédiatement remplir.
C’est dans ce contexte que la notion de repos cognitif devient intéressante, à condition de ne pas la comprendre comme un arrêt du cerveau ce qui n’est évidemment ni possible ni souhaitable mais comme une période durant laquelle nous cessons volontairement de solliciter notre attention de manière continue et de nous engager avec chaque information qui se présente à nous.
Autrement dit, il ne s’agit pas de demander au cerveau de « ne plus penser », mais de lui offrir temporairement une situation dans laquelle il n’a pas besoin de poursuivre chaque pensée, d’identifier chaque son, de répondre à chaque stimulus ou de transformer chaque sensation en quelque chose à analyser.
Cette capacité à ne pas suivre immédiatement tout ce qui apparaît est précisément ce que certaines pratiques contemplatives permettent d’explorer.
Revenir vers ce qui se passe à l’intérieur
Lorsque l’attention cesse momentanément d’être absorbée par l’environnement, une autre dimension de notre expérience devient plus accessible : celle des informations qui proviennent de l’intérieur du corps.
C’est ce que l’on appelle l’interoception, un ensemble de processus par lesquels notre système nerveux détecte, intègre et interprète les signaux relatifs à l’état interne de notre organisme, notamment ceux liés à la respiration, au rythme cardiaque, à la température, à la faim, à la satiété ou encore à différents changements physiologiques.
L’interoception ne consiste donc pas simplement à « écouter son corps » au sens vague du terme.
Elle participe plus largement à la manière dont nous percevons notre état corporel et dont celui-ci contribue à notre expérience émotionnelle et à notre sentiment de nous-mêmes.
Or pour percevoir ces informations encore faut-il que notre attention puisse leur laisser une place.
Lorsque nous sommes constamment tournés vers l’extérieur les signaux corporels les plus subtils peuvent facilement passer au second plan et nous pouvons alors fonctionner pendant plusieurs heures sans véritablement remarquer notre niveau de fatigue, notre respiration, les tensions qui se sont installées dans certaines zones du corps ou les changements progressifs de notre état interne.

Une idée que le yoga explorait déjà
Ce qui est fascinant c’est que cette question de notre relation aux stimulations sensorielles n’est pas nouvelle.
Dans la philosophie du yoga, Pratyahara constitue le cinquième des huit membres décrits par Patañjali dans les Yoga Sutra.
Pratyahara est souvent traduit par « retrait des sens », mais cette traduction peut être trompeuse si elle laisse penser qu’il s’agit de supprimer les perceptions ou de se couper du monde extérieur.
Il s’agit plutôt d’un changement dans notre rapport aux objets des sens : les sons continuent d’être entendus, les sensations continuent d’être présentes, les pensées continuent d’apparaître, mais l’attention n’est plus obligée de se laisser entraîner par chacune de ces expériences.
Patañjali décrit ainsi, dans le deuxième chapitre des Yoga Sutra, un mouvement dans lequel les sens cessent progressivement de se tourner vers leurs objets habituels et se réorientent vers l’esprit.
Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que le but n’est donc pas de devenir insensible, mais de développer une forme de liberté intérieure vis-à-vis de ce qui cherche habituellement à capter notre attention.
Ne plus suivre automatiquement
Pratyahara propose le mouvement inverse c'est à dire laisser les stimuli exister sans être obligé de les suivre.
Un son apparaît, une sensation se manifeste, une pensée traverse l’esprit, mais rien ne nous oblige à nous y engager. Nous percevons sans chercher immédiatement à interpréter, modifier ou contrôler.
C’est peut-être là que Pratyahara prend tout son sens aujourd’hui non pas moins de perception, mais moins de réactivité ; non pas se couper du monde, mais retrouver la liberté de ne pas le suivre à chaque instant.
C’est ce que je vous propose d’explorer dans ma séance dédiée au retrait des sens dans la video ci dessous:
Salutations au soleil A et B abordées dans la séance:



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